D’où viens tu ma jolie?


Enfin un article de fond et de qualité de notre ami julien!

Traditionnellement, au mois de mars, ouverture rime souvent avec truite de lâcher, bassines, surdensitaires, poissons de cirque, bassouilles, appelez les comme vous voudrez.
Ces bassines donc, se font joyeusement capturer et voluptueusement poêler. Souvent ce sont des truites arc-en-ciel. Mais pas que. On trouve aussi des fario d’élevage qui avec un peu de chance survivront et se reproduiront.
Donc à chaque ouverture, et même un peu plus tard dans la saison, on peut rencontrer ce genre de poisson. Depuis quelques temps, je me demandais comment on pouvait les distinguer des poissons sauvages. La saison passée, je me suis mis à les scruter de plus près. Voici ce à quoi je suis arrivé.

Au début, c’est facile : les truites de lâcher, c’est bien connu, ont des nageoires assez abîmées. Je ne sais d’ailleurs pas trop pourquoi. La qualité de la nourriture ? Les combats entre poissons ? Les parasites plus abondants ? Toujours est il que c’est facilement visible. Par exemple, pourriez vous dire qui est qui sur les photos suivantes ?

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Ensuite la tâche se complique pour deux raisons : 1. les nageoires se réparent et 2. ces truites peuvent se reproduire. Alors il faut attentivement regarder la robe des poissons.
Par exemple, dans mon coin de Basse-Normandie, la robe des poissons ressemble typiquement à ça :

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1. 1. les points rouges sont petits, cerclés de blanc et situés essentiellement autour de la ligne latérale,
2. les points noirs sont larges, cerclés de blanc et sont organisés en deux, trois ou quatre lignes. Peu d’entre eux sont situés sous la ligne latérale, et quand c’est le cas, c’est à l’avant de l’animal
3. sur la tête, une tâche barre l’oeil, la tâche derrière l’oeil est bien visible et celle à l’extrémité des ouïes est bien marquée. Peu de points sur la tête.
On pourrait trouver bien d’autres caractères à regarder mais ceux là, et surtout les points, donnent une bonne idée. La couleur de la robe (grisée au dessus, jaune foncée en dessous) est à mon avis peu fiable, puisque ça doit dépendre de la nourriture de la rivière.

En comparaison, la queue de bassine que je vous ai montrée juste au dessus appartenait à un autre poisson dont voici la tête et le corps, pour bien vous montrer la différence :

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Pas d’hésitations ici : très nombreux point noirs très serrés jusque sous la ligne latérale, tâche peu marquée derrière l’oeil, points sur les ouïes… ce n’est clairement pas la même souche. Mais nous savions déjà que c’est une bassouille puisqu’elle a les nageoires mangées aux mites. Et je ne vous l’avais pas dit, mais elle était bien plus argentée que les sauvages. Dès qu’on voit le poisson approcher, on se rend compte immédiatement qu’il ne prend pas la lumière de la même façon.

Essayons maintenant avec cette autre petite truite prise dans mon pool favori, aux côtés de deux autres poissons typiques de la rivière :

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Indéniablement on a ici affaire à une sauvage : les nageoires sont impeccables, la caudale et l’adipeuse bordées de rouge, le ventre est bien jaune et la taille du poisson exclut une truite « portion ». Cette truite ne sort pas de pisciculture, ou alors il y a longtemps.
Pour autant, les points noirs, bien qu’ils ne descendent pas sous la ligne latérale, sont vraiment trop nombreux, s’étalant sur 7 ou 8 lignes à l’avant. Ca lui fait un petit air de parenté avec la truite de lâcher juste au dessus, vous ne trouvez pas ?
Remontez un peu et regardez la queue du milieu parmi les 3 au-dessus. C’est la sienne (la robe ne correspond pas à celle la photo entière car c’est l’autre côté du poisson, mais c’est bien sa queue). Vous voyez que je ne l’avais pas mise au milieu pour rien. Pour moi, ce poisson est un hybride.

A vous de jouer maintenant ! Prenez soigneusement en photo vos poissons et caractérisez la robe typique de vos coins. D’ailleurs, en France, la diversité des truites est étonnante. Plusieurs grandes lignées ont colonisé nos eaux, et se sont diversifiées par bassin versant.
Tout ceci est bien étudié génétiquement. Je vous conseille d’aller jeter un oeil au programme GENESALM qui s’occuppe de ça (ICI, attention, c’est long et très technique). J’en reparlerai peut être un jour ici.
Sachez aussi que chaque robe de truite est unique. Certains s’en servent pour identifier les poissons et savoir quand ils les reprennent. Et à mon avis, on peut faire la même chose avec tous les poissons. Il y en a pour des heures devant votre ordi à compter les points. Ca vous fera largement de quoi tenir pendant la fermeture l’année prochaine !

4 réponses à “D’où viens tu ma jolie?

  1. Salut !

    Un élément de réponse pour les nageoires abîmées : d’une part la promiscuité, d’autre part le béton. Ça râpe !!! D’ailleurs les nageoires pectorales et pelviennes sont globalement les plus atrophiées, tout comme le dessous de la nageoire caudale !

    Après c’est clair qu’il est parfois difficile de savoir exactement à quel type de poisson on a affaire… Les farios d’élevage dont tu parles peuvent malheureusement se reproduire avec les farios de souche. C’est d’ailleurs pour ça qu’elles sont souvent « évitées » dans les largages : afin de ne pas « polluer » la souche.

    Autre indice pour repérer les poissons d’élevage (même avec belles nageoires) : ils sont plus souvent « dégénérés » que les poissons de souche. Nageoires mal formées et opercules incomplètes sont des signes qui ne trompent guère…

    A noter enfin que certains ré-empoissonnements en farios sont réalisés en versant des poissons élevés en pisciculture, mais issus de géniteurs « de souche ». Ce procédé est assez intéressant et représente une aide douce à une population ayant du mal à se maintenir (pour pleins de raisons, ça arrive !).

    A bientôt !
    Jé.

  2. Salut Jé (l’homme qui poste plus vite que son ombre !)

    Le coup du béton qui râpe les nageoires, je l’avais déjà amplement entendu, mais j’ai du mal à y croire, je ne sais pas trop pourquoi.
    Peut être parce que je me dis que les truites sont suffisamment habiles pour éviter de toucher les murs. Mais c’est vrai qu’il y en a tellement dans ces bassins…
    En ce qui concerne la caudale, j’ai surtout vu des lésions sur la partie terminale, mais c’est cohérent avec une queue qui frotterait sur des parois.

    Merci aussi pour les autres précisions. Dans le doc GENESALM, il est fait référence à une souche d’obtention INRA (de fond génétique de souche atlantique), qui est de très loin la souche la plus élevée, et aussi la plus déversée dans nos rivières.
    La fario que je présente pourrait bien en être (je n’ai pas trouvé de robe typique de cette souche en photo, mais je n’ai pas trop cherché non plus). Dans la Manche, je ne crois pas qu’on élève des truites autochtones… Dommage.

    Enfin, je ne sais pas s’il y a des études qui montrent l’ampleur de la pollution génétique de ces farios d’élevage. En théorie, ça pourrait avoir des conséquences négatives (si trop d’apports) mais aussi positives (par introduction de nouveaux gènes, au moins dans les populations soumises à une érosion génétique).

  3. Nageoires rognées = multiples causes
    – bassins en béton
    – fish se mordant la queue
    – fish pêchés à l’épuisette métallique
    et par la dessus des champignons qui achèvent le travail …

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