Souvenirs de Peche dans le pacifique sud


Bonjour à tous,

En cette froide période des fêtes je vous propose de vieux souvenirs de la chaleur du pacifique.

Je vous livre ici, mes derniers souvenirs de pêche dans le Pacifique Sud, le fruit d’une longue,  rédaction. Vous connaissez surement les photos mais le texte n’a malheureusement pas de photos purement associées…je vous donne le texte, votre imagination fera le reste…

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Cela fait un bon moment que j’ai quitté la Polynésie, mais je suis poursuivi par mes souvenirs de pêche. Le week end à Tahiti j’avais sympathisé avec les pêcheurs du petit port d’« ARUE ». Chaque dimanche et parfois le samedi, j’embarquais avec les pêcheurs locaux pour découvrir leurs secrets.

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La journée commence tôt pour un pêcheur tahitien. Il faut mettre son bateau à l’eau avant le lever du soleil. Parfois et souvent lors des compétitions de pêche, l’on petit déjeune tous ensemble, mais il faut s’accrocher, c’est poisson crue au lait de coco et sardine ou hareng que l’on trempe dans son café. On parle de la mer, des poissons et des pêcheurs qui ont fait une meilleure pêche que nous hier…

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Une fois le bateau à l’eau, on pose les cannes et surtout on met la glace dans le bac à poisson au milieu du Poti maara. Puis on part… Le soleil pointe à peine sur le lagon et déjà nous prenons la direction de la passe. Là, le capitaine met son moteur au ralenti au milieu de la passe et commence à prier. Pour l’anecdote, je vois Fiu le patron ce tourner vers moi et se mettre à réciter un « je vous salue Marie », puis demander la bénédiction de la Vierge pour chacun d’entre nous. Moi je n’avais qu’une seule envie, partir pêcher, alors vous pensez bien que ma prière à été un peu expédiée…

Je vous salue grosse Bonite,

Votre nom est sanctifié,

Et je t’aurais au bout de ma ligne !!!!

Je blasphème, oui, mais tout pécheur sait ce que l’excitation de ce genre de moment peut nous faire penser !!!

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Puis nous partons…enfin !!! Là je m’aperçois, que la mer n’est pas si calme que ça, mais surtout que l’ile de Tahiti diminue à vu d’œil. Je regarde où sont les gilets de sauvetages ? Il y en a pas…où est la VHF ? En panne depuis 10 ans… Des fusées de détresse? Des quoi ??? Tiens j’aurais peut être pas du la bâcler cette prière…

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Mais qu’importe, l’adrénaline est là, et nous apercevons déjà les premières chasses de bonites. Nous faisons le tour, lançons les lignes, les touches ne se font pas attendre, nos octopus sont rapidement happés. Tous les trois nous remontons nos poissons et là je découvre que les pêcheurs n’ont pas besoin de se connaître pour devenir les meilleurs amis du monde quand il y a du poisson. Vous savez de quoi je parle, je pense ???

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Les prises s’enchainent dans la bonne humeur, les bonites sont de belles tailles mais les yellow fin ne sont pas là…Fiu me dit que les Yellow Fin n’aiment pas les marlins… Ni une ni deux, il attrape ma bonite de près de 10 kilos (Gros appâts, gros poissons le proverbe existe aussi en Tahitien !!!), lui passe un circle hook dans le bec et la renvoi dans l’eau avec 50 mètres de nylon et une énorme bouée au bout. J’ai juste l’impression d’être dans « le viel homme et la mer », sauf que pour moi on va attraper « les dents de la mer »….En 10 minutes on se retrouve à dériver moteur éteint avec autour de nous, 5 bouées avec des bonites toutes fraîches dans des profondeurs comprises entre 10 et 100 mètres.

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Super ! Je suis à l’autre bout de la planète pour pécher au bouchon….une des bouées commence à sérieusement s’agiter, puis coule brusquement. A ce moment on ramène rapidement les autres bonites, on range les lignes et une forme de tension monte à bord. Au bout de dix minutes on aperçoit au loin, la bouée qui remonte en surface, mais qui file à toute allure vers le large… On fonce dessus, Fiu n’essaye pas de tirer sur la bouée, mais en rajoute deux supplémentaires sur le corps de ligne. Puis les trois bouées disparaissent de nouveau…C’est bien que je pensais on est en train de pêcher « les dents de la mer ». A trois cents mètres devant le bateau un superbe marlin saute…et avec derrière lui, les trois bouées ! Pendant deux heures nous allons suivre les bouées, sans jamais réussir à les mettre à bord, à chaque tentative le marlin repart de plus belle et nous perdons les bouées de vues durant cinq bonnes minutes.

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Enfin les bouées sont à bord, maintenant le plus dur reste à venir. Moteur éteint pendant deux heures nous allons à trois nous relayer pour remonter le marlin. Il s’agit de prendre à la main le nylon, de former un angle de 90° pour avoir de la force et tirer. C’est une opération longue, dure et dangereuse, car souvent le marlin repart à toutes vitesses dans les profondeurs, et le nylon nous brûle les doigts. Plusieurs fois lors des rushs mon pied est enlacé dans le nylon et je suis dégagé vigoureusement par Fiu, pour ne pas me faire cisailler la jambe Si vous partez là bas, vous verrez que beaucoup de pécheurs ont de vilaines blessures aux jambes dues à du nylon mal placé.

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Enfin nous voyons le marlin remonter, je pense le combat finit, mais ce seigneur n’à pas encore une teinte marron de fin de combat et arbore une robe bleu argent encore superbe, le combat va encore durer … Au final il nous faudra près de quatre heures trente pour hisser, la bête à bord!

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Le poisson est presque aussi grand que le bateau, Nous prenons la direction du port d’ « ARUE », pour vendre le marlin à la criée. Aux abords des passes de la pointe de Venus, le patron s’arrête et commence une prière pour remercier, le seigneur de nous avoir permis de revenir sain et sauf avec une belle prise. Là, vous vous en doutez, ma prière je l’ai faite, sans blasphème et même avec un signe de croix ! Depuis, quand je passe les feux d’un port, je sais que je m’en remets à la vierge Marie.

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Avec une telle prise, un pécheur tahitien gagne sa journée, car le marlin sera vendu environ deux cents euros. Le capitaine découpe les bons morceaux, le ventre pour sa famille. Je suis épuisé, je pense avoir eut ma dose d’adrénaline pour la journée, mais Fiu me propose re-repartir pour m’amuser me dit t’il ? J’ai les mains rouges, et je dois avouer que l’idée de recommencer la même chose, dans la même journée ne m’enchante pas. Mais Fiu insiste et me propose d’aller chasser les poissons perroquets de l’ile de Tetiaora et voir si on ne croise pas un ou deux Mahi Mahi. Il est dur de refuser ce genre de proposition.

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Nous repartons vers les DCP (Dispositif de concentration de poisson), à la recherche d’oiseaux, mais pas n’importe lequel. Nous ne recherchons pas les chasses… nous cherchons un oiseau blanc…une sterne blanche avec une longue queue. Cette dernière est le meilleur moyen pour savoir il y a du Mahi Mahi en dessous.

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Mais toutes le sternes blanches ne sont pas postées au dessus d’une daurade coryphène. Il faut savoir analyser le vol de l’oiseau, si celui-ci a une trajectoire rectiligne assez haute en altitude, avec la tête alignée dans le prolongement du corps, alors l’oiseau est en prospection. Mais si la sterne tourne en rond, avec le bec pointé vers l’eau, c’est qu’elle suit un Mahi Mahi en chasse, si elle a une frégate derrière elle, on peut parier qu’il y a carrément un banc de Coryphène.

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Alors que je prépare ma canne, pour trainer, Fyu me donne un harpon en bambou, et ses lunettes polarisantes et après les dents de la mer c’est « Man vs Wild » qui commence. Les instructions sont claires Fiu va monter à plus de vingt-cinq nœuds, pour me mettre à la hauteur de la daurade et là quand nous aurons une trajectoire parallèle je devrais harponner le poisson. Autant vous dire que pour moi ça sentait le poisson d’avril, un poisson qui se laisse courser par un bateau moteur…

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Pourtant, une fois, sous la sterne à vingt mètres devant l’étrave nous voyons une flèche bleue fendre la surface. Fyu accélère encore, j’ai du mal à me tenir, avec un bras pour moi et le harpon dans l’autre, mais nous arrivons à la hauteur du poisson. Je me prépare à lancer, me concentre, mais il faut déjà virer de bord car le poisson a pris un angle à quatre vingt dix degrés. Je me souviens de ce moteur qui hurle, des embruns chauds du Pacifique qui me fouettent le visage et de cette dose adrénaline pure, je ressens ce que les premiers pêcheurs ont ressenti quand ils essayaient d’harponner des saumons des milliers d’années avant moi….

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Nous nous repositionnons enfin, et là, je lance, raté évidement !!! Fiu vire, je manque de passer par-dessus bord, il récupère le harpon, se cale derrière le Mahi et dans une dernière accélération, trouve le bon angle d’attaque et cloue littéralement la bête sur place.

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Le catch and release pour un pécheur tahitien n’existe pas, et puis la daurade coryphène c’est tellement bon…mais je dois vous parler de l’art de la pêche à Tahiti. C’est un art ancestral, car les polynésiens ont toujours pêché les thonidés. Les thons sont tellement importants dans la culture océanienne, que le Yellow fins prend dix noms différents, selon sa taille, sa pêche ou encore la façon dont on le mange… On retrouve des hameçons en os, et même les premières formes de Circle Hook, dans des sites archéologiques aux Marquises. Là bas on pêche pour se nourrir, on ne pêche jamais trop, on tue rapidement le poisson et on ne doit pas le faire souffrir. La pêche industrielle est interdite près des iles, tout est pensé pour préserver la ressource et mettre en valeurs les pêcheurs traditionnaux.

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La pêche se pratique à bord de petits bateaux d’environ 5 à 7 mètres. On les appelle des poti-marara, des navires qui ont ratio poids/ puissance à faire pâlir un bass boat. Le barreur se tient debout à l’avant, et pour que le marin se maintienne, le pont a été découpé à l’avant pour offrir un post de pilotage très efficace. Ainsi sans craindre de tomber, le pêcheur peut barrer d’une main et pêcher de l’autre, même dans les mers les plus démontées.

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Le catch and release n’existe donc pas ; mais le respect de la nature et la conscience de préservation de la ressource font un travail excellent. Là bas les esprits sont les gardes pêches locaux, on m’a plusieurs fois raconté l’histoire de pécheurs peu scrupuleux qui avaient disparu en mer, emporté par une vague des esprits…Que dire de cette Carangue Ignobilis de plus de 80 kilos (Qui ferait assurément la une de tous les journaux de pêche sportive) à qui les pêcheurs d’une ile des Tuamotu (dont je tairai le nom) apportent régulièrement des offrandes…et dont ils gardent l’emplacement secret pour la protéger des Poppa (les blancs) et de leur catch and release… La pêche en Océanie est un art qui a une éthique millénaire….

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Il est trois heures de l’après midi, je ne distingue presque plus Tahiti, mais je ne vois toujours pas Tétiaora. Le GPS est outil que Fiu ne saurait peut être même pas allumer. Je lui demande un peu inquiet comment nous allons faire pour trouver cette île. Il me montre une petite couronne de nuage au loin… Au dessus des atolls se forment régulièrement des nuages, c’est ainsi que les tahitiens peuvent allez d’un atoll à un autre, alors qu’on ne voit plus la terre depuis longtemps. Mais comment font-ils si il n’y a pas de nuage, si il fait nuit ou pire si il fait gris… Je vous disais que la pêche était un art ancestral, mais la navigation est un sixième sens.

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Un soir alors que j’étais de quart sur le bateau en transit vers les Marquises, un des matelots tahitien du bord est venu me demander pourquoi je pestais après avoir perdu le signal GPS, de mon système de navigation. Je lui explique le principe des longitudes, des latitudes… mais lui ne parait pas impressionné et me rétorque simplement que cela ne sert à rien pour naviguer ici. Interloqué je lui demande de m’expliquer. C’est très simple, me dit il avec son accent inimitable : « Quand y a pas les nuages au dessus de l’atoll, il y a toujours une tache bleu dans le ciel…c’est le fond du lagon qui se réfléchit dans le ciel, la nuit il y a les étoiles et si y a pas les étoiles, il y a le cochon !» « Le cochon » ai-je répété ahurie, et le matelot de m’expliquer. « Bein oui, les ancêtres quand ils naviguaient et qu’ils voyaient rien, ils mettaient le cochon à l’eau. Le cochon, il sent toujours la terre la plus proche et se met à nager, et il y a plus qu’a le suivre… ». J’ai oublié de vous dire avant l’arrivée de français, on mangeait les chiens et on vivait avec les cochons…d’ailleurs le chien c’est pas mauvais…

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On arrive enfin à Tétiora, c’est un petit atoll qui appartenait à Marlon Brando, mais qui est pour le moment à l’abandon. Un atoll de rêve comme en en voit dans les magazines. Fiu pars chasser les poissons perroquets, pendant que moi je pars lancer mes Poppers sur la barrière de corail. On attrape de nombreuses espèces en Polynésie du bord : des barracuda, des becs de canne, des carangues bleues, GT, des lutjans…mais stop si je vous raconte ce que j’ai pêché du bord avec mes poppers mon histoire va ressembler à tous ce qu’on voit dans les magazines de voyages de pêche

Pour s’amuser en Océanie, c’est très simple. Il suffit d’aller dans un atoll, le plus grand possible avec le moins d’habitant possible. De réserver une chambre dans une pension de famille, et d’aller voir les pêcheurs du coin, en leur demandant d’embarquer , de payer leur essence, et de prendre des Hinano (la bière du coin). Avec un peu de chance, ils vous inviteront chez eux pour la soirée, et attention au mal de crâne le lendemain…Pour pêcher dans le lagon, il vous faudra un ensemble de pêche au bar fort, et pour le platier du matos exo, pour les leurres que des poppers et des stickbaits en surface…

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La nuit commence à tomber sur Tetiaora, et nous n’avons pas de cochon, pour rentrer. Jedemande inquiet ce que nous attendons pour repartir… Mais Fiu me tend une lampe de poche et me dit « C’est la nouvelle lune, et la maréee monte, viens on va chercher les crabes ». Super, après la pêche au bouchon, la pêche a pied ! Non je n’ai pas traversé deux océans pour pêcher comme à l’âge de 5 ans. Fiu et moi pataugeons sur le platier dans 20 cm d’eau, nous éclairons le fond de l’eau, mais ce que je ne comprends pas c’est qu’à la vitesse ou nous allons, on ne risque pas de voir, un tourteau, ou une araignée tapis dans les algues. Quand tout d’un coup ma lampe réfléchis deux yeux brillants, je me souviens qu’a ce moment la je me suis dit « tiens les chats vont sous l’eau ici ». Oui le sel, ca embrouille les idées !! J’avertis immédiatement Fiu qui s’exclame « Behhh, ça c’est la langouste ». Je comprends mieux maintenant son envie d’aller chercher les « crabes ». Durant une heure nous allons ainsi pêcher dans 20 cm d’eau en éclairant un maximum de surface, pour repérer les langoustes venues chasser sur le platier, nous ferons ainsi une dizaine de crustacés chacun. Mais nous ne sommes pas seul à chercher ces « petites friandises ». Je marche sur quelque chose de mou, qui s’enlace tout d’un coup autour de la jambe et me mords le mollet. Je fais un bon miraculeux en hurlant dans tous les sens et en gesticulant comme une fillette tout en jurant que si je retrouve cette « bip » de murène je la bouffe en « sashimi ». Les murènes profitent aussi de la nuit pour venir chasser sur la barrière. Fiu est déjà derrière moi et me souffle « Pas de bruit Laurent !!!Les esprits n’aiment pas les gens qui font du bruit sur le platier, c’est dangereux maintenant il faut partir !».

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Nous regagnons donc rapidement le bateau, et a peine le moteur allumé, je me sens partir. Je me souviens de ce moment, il fait nuit, un vent chaud court le long de mon dos, je suis allongé sur le bois humide, entre la coque et le bac à glace, la tête sur la toile de jute qui contient les Mahi, dans mon sac j’entends les langoustes qui vibrent de rage, le doux roulis du pacifique me berce, j’ai l’impression de revenir d’une campagne de pêche d’un mois…

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Arrivé à Tahiti, Fiu me réveille, il est une heure du matin, j’ai l’esprit tout embrouillé. Je démarre mon scooteur pour rentrer chez moi, sur le chemin je songe à cette vie de pêcheur Tahitien. Je songe à ces croyances, et à cette relation unique qu’ont ces marins à la mer.

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Voila je n’ai pas eu le temps de vous parler de la pêche aux cailloux, ni des techniques d’apnée Tahitienne mais peut être vous ai-je transmis l’amour de leur métier qu’on les pêcheurs tahitiens….


2 réponses à “Souvenirs de Peche dans le pacifique sud

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